À quelques semaines de la fête de la Tabaski, les marchés à bétail de Kindia, notamment celui de Caravansérail, font face à une flambée spectaculaire et inédite des prix des animaux de sacrifice. Trouver un bélier à un coût abordable est devenu un véritable casse-tête pour les fidèles musulmans de la commune urbaine.
Cette année, les prix des moutons locaux oscillent généralement entre 3 000 000 et 4 000 000 de francs guinéens (GNF), tandis que les têtes en provenance des pays voisins franchissent régulièrement la barre des 4 000 000 GNF. Pour ce qui est des bœufs, les tarifs s'envolent et varient désormais entre 5 000 000 et 12 500 000 GNF selon la taille du cheptel, marquant une rupture nette avec les dynamiques tarifaires de l'année précédente.
Pour justifier cette hausse brutale, les professionnels du secteur pointent du doigt une crise de l'offre directement liée à d'importantes pertes pastorales.
Selon Mamadouba Sylla, président des vendeurs de bétail de la localité, de violentes épizooties (maladies animales) ont décimé de nombreux troupeaux ces derniers mois, créant une rareté immédiate sur les marchés locaux. À cette crise sanitaire s’ajoute une explosion des coûts intermédiaires : les commerçants doivent composer avec une hausse des prix d’achat directement auprès des éleveurs dans les villages, une augmentation des frais de transport routier, ainsi que le poids des multiples taxes perçues tout au long du trajet.
L'approvisionnement transfrontalier, qui permettait habituellement de réguler le marché guinéen à l'approche des fêtes, est lui aussi lourdement perturbé par le contexte géopolitique régional. Les acheteurs qui se rendaient traditionnellement au Mali pour importer des béliers se heurtent de plein fouet aux conséquences du conflit armé qui secoue ce pays voisin. L'insécurité sur les axes routiers et la désorganisation des circuits d'élevage maliens ont considérablement réduit le volume des importations et fait grimper les prix de revient, privant le marché de Kindia d'une alternative essentielle pour stabiliser l'offre.
Au-delà de la crise des prix, les marchands installés à Caravansérail dénoncent des conditions logistiques et opérationnelles de plus en plus précaires qui compliquent la survie du bétail. Le site de vente souffre d'un manque criant d'aménagements de base, notamment pour l'accès à l'eau potable et à l'affouragement (approvisionnement en herbe fraîche). L'arrivée imminente de la saison des pluies aggrave la situation des vendeurs, qui doivent gérer les bêtes dans un espace restreint, rapidement transformé en bourbier impraticable par les eaux de ruissellement, ce qui augmente le stress et le risque de maladie chez les animaux stockés.
Face à cette conjoncture, les ménages de Kindia se retrouvent pris à la gorge, contraints d'arbitrer entre tradition religieuse et survie économique. Dans les allées du marché, l'ambiance est morose et de nombreux clients, faute d'espace pour garder l'animal chez eux, choisissent de spéculer en attendant les dernières quarante-huit heures avant la fête dans l'espoir d'une baisse des prix. Pour d'autres, le sacrifice du mouton est tout simplement abandonné au profit de solutions alternatives ; certains chefs de famille se tournent ainsi vers l'achat collectif ou individuel de bovins, jugés financièrement plus rentables par rapport au coût exorbitant d'un simple bélier, au milieu d'un budget festif déjà surchargé par les dépenses d'habillement et de nourriture.
Siba Toupouvogui





0 commentaire