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Manquépa, Commune Urbaine de Kindia

KINDIA : L’ANIES LANCE LA DEUXIÈME PHASE DU PROGRAMME « NAFA » POUR AUTONOMISER PLUS DE 15 000 MÉNAGES.

KINDIA : L’ANIES LANCE LA DEUXIÈME PHASE DU PROGRAMME « NAFA » POUR AUTONOMISER PLUS DE 15 000 MÉNAGES.

La sous-préfecture de Friguiabgé, précisément dans le district de Moriady, accueille actuellement le lancement de la deuxième phase du programme d’inclusion productive « NAFA », piloté par l’Agence nationale d’inclusion économique et sociale (ANIES). 

Cette nouvelle étape franchit un cap décisif avec le démarrage d'une formation intensive axée sur les compétences de vie et le micro-entrepreneuriat. L'objectif global de cette initiative gouvernementale est d'accompagner durablement les populations vivant dans l’extrême pauvreté en leur fournissant les outils indispensables pour développer des activités génératrices de revenus (AGR) adaptées à leurs réalités locales.

Déployé dans neuf préfectures pilotes, ce programme d’envergure cible un total de 15 174 ménages bénéficiaires, structurés au sein de 725 groupements d’épargne baptisés « NAFA SERE ».

À l'issue de la formation théorique, l'ANIES passera à la phase opérationnelle en octroyant à chaque ménage une subvention productive directe de 2 millions de francs guinéens (GNF).

 À titre d'exemple, pour un groupement d'épargne composé de 19 membres, ce sont 38 millions de GNF qui seront injectés pour financer des projets entrepreneuriaux individuels ou collectifs, matérialisant ainsi la transition vers l'autonomie financière.

En amont de ces subventions, le programme s'appuie sur la dynamique interne des Associations villageoises d’épargne et de crédit (AVEC).

KINDIA : L’ANIES LANCE LA DEUXIÈME PHASE DU PROGRAMME « NAFA » POUR AUTONOMISER PLUS DE 15 000 MÉNAGES.

Selon Issiaga Conté, chargé des questions d'inclusion productive à l'ANIES, ces 725 groupements ont déjà réussi à mobiliser, sur fonds propres, plus de 2 milliards de GNF à ce jour. 

Cette épargne communautaire permet d'ores et déjà de lever les barrières financières d'accès au crédit pour les bénéficiaires, qui utilisent ces ressources locales, notamment en cette période de semailles, pour renforcer leurs activités agricoles et commerciales sans dépendre exclusivement de l'aide extérieure.

Sur le plan pédagogique, la formation est assurée par l'ONG Performance Afrique Guinée, qui mise sur une méthodologie d'apprentissage simplifiée et participative. À travers des outils visuels comme des boîtes à images et des simulations de jeux d'entreprises, les formateurs guident les participantes, constituées exclusivement de femmes sur ce site, vers la maîtrise de la gestion financière de base. L'objectif final de cette session de six jours est de permettre à chaque bénéficiaire de concevoir son propre plan d'affaires, lui garantissant ainsi une feuille de route claire pour planifier et pérenniser ses activités économiques.

Enfin, la réussite à long terme de ce modèle de graduation repose sur l'implication active des autorités locales de Kindia, qui se positionnent en garantes de la pérennisation du projet.

Faya Mamadouno Chef de Cabinet de la préfecture.

Représentant le préfet, Faya Mamadouno a réaffirmé l'engagement de l'administration territoriale à assurer un suivi rigoureux sur le terrain à travers la production régulière de rapports d'évaluation et des visites de contrôle. Pour les autorités locales, cette autonomisation des femmes, considérées comme le véritable baromètre socio-économique des familles, constitue un levier indispensable pour assurer une sortie définitive et mesurable de la pauvreté.

Siba Toupouvogui

KINDIA : Ville des agrumes, pourquoi les fruits restent chers malgré une production abondante ?

KINDIA : Ville des agrumes, pourquoi les fruits restent chers malgré une production abondante ?

Réputée comme la capitale guinéenne des agrumes, Kindia regorge de vastes plantations d'oranges, de bananes, d'ananas, d'avocats, de citrons et de goyaves. Pourtant, sur les marchés de la ville, les consommateurs sont confrontés à une réalité qui semble contradictoire : les fruits, pourtant produits en abondance dans la préfecture, demeurent vendus à des prix élevés.

Pour comprendre ce paradoxe, notre rédaction est allée à la rencontre de producteurs, d'agronomes et de commerçants. Tous dressent le même constat : si les prix augmentent, c'est avant tout parce que le coût de production ne cesse de grimper.

Dans les exploitations agricoles, les producteurs évoquent une accumulation de charges qui fragilise leur activité. Entre le prix des engrais, des produits phytosanitaires, de la main-d'œuvre, du transport et les pertes provoquées par les maladies des cultures, produire des fruits est devenu un investissement de plus en plus lourd.

Entrepreneure agricole, Aïssatou Bagna Diallo raconte les difficultés qu'elle a dû surmonter avant de développer son exploitation.

« J'ai bénéficié de l'accompagnement d'une institution internationale qui soutient les entrepreneurs africains. C'est ce qui m'a permis d'acquérir ce domaine. Les difficultés ont été énormes, mais j'étais préparée psychologiquement, car je savais que je m'engageais dans un secteur souvent considéré comme réservé aux hommes. Même après l'achat du terrain, certaines personnes pensaient pouvoir le récupérer parce que j'étais une femme et jeune », explique-t-elle.

Selon elle, la hausse du coût des intrants agricoles est aujourd'hui le principal facteur de renchérissement des fruits.

« Si les producteurs ne sont ni accompagnés ni sécurisés, il n'y aura pas de marché. Nous utilisons principalement des engrais organiques, mais nous avons aussi besoin de produits phytosanitaires qui deviennent rares et coûteux. Aujourd'hui, un sac d'engrais coûte entre 550 000 et 600 000 francs guinéens. Avec cette hausse des charges, nous sommes obligés d'augmenter le prix des fruits pour ne pas travailler à perte », souligne-t-elle.

Même analyse du côté d'Aboubacar Sylla, ingénieur agronome, qui estime que les coûts de production atteignent désormais un niveau préoccupant.

« Les intrants agricoles sont très chers en Guinée. L'urée coûte environ 600 000 francs guinéens, la potasse dépasse également les 600 000 francs, tandis que le NPK varie entre 330 000 et 350 000 francs. Avec de tels investissements, il est impossible de vendre les fruits à bas prix. À cela s'ajoutent les dégâts causés par les bœufs qui nous obligent à recruter des gardiens. Nous souhaitons une implication plus forte de l'État dans le développement agricole », plaide-t-il.

Dans les marchés, les commerçants assurent qu'ils ne font que répercuter les prix pratiqués par les producteurs. Ils rappellent qu'ils doivent également supporter les frais de transport, les pertes liées aux fruits détériorés et les charges quotidiennes de leur activité.

Vendeuse de fruits au marché, Yarie Soumah explique que les marges restent limitées.

« Nous ne fixons pas les prix au hasard. Nous revendons en fonction du prix d'achat et de toutes les dépenses que nous supportons. Un régime de bananes se vend entre 50 000 et 60 000 francs guinéens, les goyaves entre 20 000 et 25 000 francs, et les ananas entre 15 000 et 20 000 francs. Les clients négocient souvent et il nous arrive même de vendre à perte. Les producteurs nous vendent déjà les fruits très chers lorsque nous allons nous approvisionner dans les villages », affirme-t-elle.

Pour M'Mah Keïta, autre vendeuse, la saison des pluies accentue davantage cette situation.

« Pendant l'hivernage, certains fruits deviennent plus rares dans les villages. Les prix augmentent à cause du coût des engrais, de la main-d'œuvre et du transport. Malgré tout, nous faisons souvent des efforts pour satisfaire nos clients. Nous demandons surtout à l'État d'accompagner davantage les agriculteurs », lance-t-elle.

Ce reportage met en évidence un défi majeur : renforcer l'accompagnement des acteurs de la filière afin de préserver la vocation agricole de Kindia tout en permettant aux consommateurs d'accéder à des fruits de qualité à des prix plus abordables.

Au-delà de son image de « ville des agrumes », Kindia fait ainsi face aux réalités économiques qui touchent l'ensemble de la filière fruitière. La richesse des vergers ne suffit plus à garantir des fruits accessibles à tous lorsque les coûts de production, les difficultés de transport, les pertes post-récolte et les aléas saisonniers continuent de peser sur les producteurs comme sur les commerçants.

Siba Toupouvogui